


Le 23 mai 1992, à 17 h 56 et 48 secondes, aux abords de Palerme, plusieurs centaines de kilos d’explosifs pulvérisent la voiture du célèbre juge Giovanni Falcone, ennemi public numéro un de la mafia sicilienne. L’histoire, on la connaît et pourtant, Roberto Saviano nous livre un roman passionnant, reconstituant avec une précision implacable les étapes qui ont conduit à cet assassinat.
À travers de courts chapitres haletants, l’écrivain nous entraîne dans un récit immersif et palpitant, nourri par un colossal travail d’archives. Certes, la densité des informations exige parfois une attention soutenue mais l’immersion dans la lutte anti mafia est si réussie que l’on dévore les 600 pages sans même s’en rendre compte.
Dès le premier chapitre, une impressionnante scène d’explosion nous cloue sur place et la prouesse de Saviano est de maintenir cette tension jusqu’au bout avec un final tout aussi spectaculaire.
Au fil des pages, j’ai été horrifiée par la banalité de la mort que la mafia sicilienne inflige à quiconque entrave son trafic de drogue. Des hommes héroïques, il y en a beaucoup dans ce livre : juges, magistrats, policiers et journalistes tous éliminés un à un. C’est aussi la grande réussite de ce roman : nous faire ressentir, grâce à un récit d’une profonde intimité, la peur — la peur de Giovanni Falcone, convaincu que son nom sera le prochain sur la liste, comme si la lutte anti mafia n’était qu’une course de relais sanglante et jusqu’au bout, j’avais l’espoir insensé qu’il allait s’en sortir !
Un grand roman sur un grand homme, par un grand écrivain.
602 pages. Gallimard

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