


Ce n’est pas le livre le plus simple que j’ai eu à lire, ni à résumer. J’ai même dû m’y reprendre à plusieurs fois. Et avant tout, je tiens à dire mon admiration pour Russell Banks, que je place parmi mes auteurs américains contemporains préférés.
Mais attention : si vous ne connaissez pas Banks, ne commencez surtout pas par celui-ci. Le sujet est dur, dérangeant, et peut mettre profondément mal à l’aise. Moi-même, j’ai laissé ce livre près de neuf ans dans ma bibliothèque avant de l’ouvrir.
Avec Lointain souvenir de la peau, Banks explore ses thèmes habituels — les exclus, l’adolescence cabossée, une Amérique en perdition — mais va ici beaucoup plus loin. Le protagoniste, Kid, est un jeune homme condamné pour délinquance sexuelle. Difficile de passer 500 pages à ses côtés, et pourtant Banks parvient à rendre cette lecture profondément humaine, en invitant à écouter avant de juger.
Ce qui frappe surtout, c’est la solitude écrasante de ce garçon, livré à lui-même, survivant sous un pont, en marge du monde. La rencontre avec un professeur universitaire ouvre une brèche fragile, une tentative d’humanité.
Banks signe ici un roman dérangeant et puissant, qui interroge la société américaine, son système judiciaire et une époque marquée par l’isolement et le virtuel.
Un roman marquant, je le recommande sans hésiter… mais pas à tout le monde. Aux lecteurs déjà familiers de Banks, oui, foncez. Pour les autres, commencez plutôt par Affliction, American Darling, Sous le règne de Bone ou De beaux lendemains, puis revenez à celui-ci quand vous serez prêts.
Babel. 520 pages
