Voici Le roman de l’Amérique rurale contemporaine, celle des redneck, des « ploucs », des « péquenauds », de ceux qui ne comptent pas, dont on se moque et que l’on méprise, de ceux qui sont condamnés dès la naissance à une vie de merde et qui se nourrissent d’opioïdes pour oublier leurs malheurs.

C’est après avoir visité la maison de Charles Dickens que Barbara Kingslover s’est décidée à écrire sur un sujet qui la tourmente : la pauvreté endémique qui décime la population rurale de sa région, laissant sur le carreau des ribambelles d’orphelins promis à l’enfer sur terre.

S’embarquer dans la lecture de ces huit cents pages, peut faire peur mais on est accroché dès les premiers mots :  » Déjà, je me suis mis au monde tout seul » ( ça claque ! ) et on se surprend à ne plus pouvoir s’arrêter. On est d’emblée happé par la logorrhée de ce gamin qui va dépeindre avec ses mots parfois naïfs et son regard souvent bien trop lucides, sa mère toxico, leur mobile-home pour laissés-pour-compte et la brutalité de son beau-père, puis on est captivé par son énergie vitale hors du commun, proportionnelle aux malheurs qui s’enchaînent et pas question de lâcher ce petit gars avant de connaitre le dénouement.

C’est le voyage initiatique d’un enfant, né au mauvais endroit au mauvais moment, voyage brut et poétique, sombre et lumineux, au récit éblouissant tant par la forme que le fond, qui rend l’ensemble de la lecture d’une incroyable fluidité.

« On m’appelle Demon Copperhead » a reçu en 2023 le prix Pulitzer, et rien d’étonnant que cette remarquable mise en abyme des injustices de notre temps : drogues, pauvreté, violence des hommes, résilience des femmes ainsi que la saisissante dénonciation de la démesure des prescriptions d’opioïdes aux Etats-unis, soient couronnées par ce prix.

A lire. Roman parfait pour ces jours automnales

853 pages. Le livre de poche

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