Septembre noir de Sandro Veronesi

Certains livres font écho à notre vie. Septembre noir, de Veronesi, en fait partie.
Je n’avais pas, comme Luigi, douze ans en 1972 — mais pas loin — et je me souviens très bien de cette époque et de ce basculement qui semblent à la fois si proches et si lointains.

J’y ai retrouvé la saveur de mon enfance : le début de l’été et les après-midis d’ennui qui paraissaient interminables, la plage baignée de lumière, l’odeur de la crème solaire, les BD lues à l’ombre du parasol, les premiers émois amoureux, les glaces dégustées au petit café du coin, les joyeux dîners d’été, les vinyles que l’on écoutait en boucle et ces regards posés sur nos parents, que l’on trouvait si forts et si beaux. Tous ces petits riens qui faisaient la trame de nos vies d’enfants.

Le récit de Veronesi met en miroir les drames familiaux et ceux du monde, dévoilant la brutalité de la vie. Il révèle aussi le pouvoir des mots — ceux que l’on prononce, ceux que l’on ne comprend pas, et ceux que l’on devrait taire — capables de précipiter un basculement soudain vers l’âge adulte, ce moment où l’enfance s’interrompt et où certaines choses deviennent irréversibles.

J’ai aimé ce livre : pour la beauté de la banalité, pour la brutalité du basculement — que j’ai vécu au même âge — pour cet instant où l’on se dit : si j’avais su…

Comme le dit Luigi :
« Nous savons exactement quand nous faisons quelque chose pour la première fois, mais nous ignorons que nous le faisons pour la dernière. »

Cette phrase résonne profondément en moi. On ne mesure jamais la valeur de ces instants avant qu’ils ne disparaissent ; alors les moments apparemment insignifiants prennent, rétrospectivement, un poids immense.

Certains trouveront peut-être le récit long au regard de ce qu’il raconte, et je peux le comprendre. Septembre noir n’a pas l’ampleur du précédent Le Colibri, mais il se savoure comme le souvenir d’un premier été.

316 pages. Grasset

Pour illustrer ce livre qui met en lumière plusieurs musiques, notamment celles de David Bowie, qui auraient trop évidentes, j’ai choisi ce morceau de Joe Cocker  » Hitchcock Railway « , (album Cocker happy / album fabuleux), celui sur lequel Luigi et Astel, dansent pour la première fois.


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2 réponses à « Septembre noir de Sandro Veronesi »

  1. Avatar de Ceciloule - Pamolico

    Effectivement, je l’ai trouvé un peu long mais je comprends ce que tu dis si bien et je suis d’accord. La nostalgie de ce livre a un goût d’enfance doux-amer.

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    1. Avatar de Le monde de Martin Eden

      C est grâce à ton commentaire que je l ai acheté, donc un grand merci 🙂 J ai été lire ta chronique par la suite, j ai vu que tu étais moins enthousiaste que moi et je le comprends mais il y avait trop de résonance pour que je ne sois pas touchée. Le colibri reste celui que je préfère tout de même

      Aimé par 1 personne

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