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N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell

N’essuie jamais de larmes sans gants est un roman fort, d’une émotion brute comme on en rencontre rarement. Inspiré d’une réalité historique que beaucoup ont oubliée, il frappe dès les premières pages. Rien que l’explication du titre, donnée au tout début du roman, est une véritable claque.

Nous sommes en Suède, dans les années 80. L’homosexualité vient tout juste d’y être dépénalisée. Le récit s’attache alors à l’histoire d’amour de Rasmus, qui quitte sa campagne pour Stockholm afin de pouvoir enfin s’assumer et vivre librement, et de Benjamin, issu d’une famille témoin de Jéhovah.

Mais qui dit années 80 dit aussi, tragiquement, apparition du sida. En Suède comme ailleurs, cette maladie surgit brutalement, incomprise, et semble ne toucher que la communauté gay — comme si, à peine autorisée à exister, elle devait déjà être condamnée.

Très vite, la peur s’installe. On évite, on rejette, on isole. Ceux qui étaient en train de conquérir leur liberté redeviennent des pestiférés : on ne les touche plus, on ne les regarde plus, on les enferme à nouveau dans le silence.

C’est cette violence que Jonas Gardell raconte, presque qu’il hurle, à travers ce groupe d’amis et d’amants. Mais derrière la fiction, c’est bien un véritable travail de mémoire qui s’opère : un récit documenté, précis, nécessaire, qui témoigne d’une époque.

Ce livre n’est pas de ceux que l’on dévore. Il fait partie de ceux que l’on lit lentement, le souffle court, la gorge serrée. Malgré ses 800 pages, rien n’est superflu. Chaque mot semble pesé, chaque scène laisse une trace.

L’écriture est à la fois crue et profondément poétique. Elle saisit, dérange, bouleverse. Elle est un cri — un cri de colère, de douleur, mais aussi d’amour.

Car ce roman n’est pas seulement un récit de souffrance. Il est aussi traversé par la lumière : celle de personnages qui s’aiment, qui s’assument, qui vivent pleinement, et qui trouvent, malgré tout, la force de se soutenir.

Le livre se déploie en trois mouvements implacables : l’amour, la maladie, la mort. Il n’y a pas d’issue, et c’est précisément ce que l’auteur nous impose : regarder la réalité en face, sans détour, sans fard, sans consolation facile.

C’est un texte dur, parfois éprouvant, qui serre le cœur.

Mais quel livre.

Quelle ode à la vie et aux amis disparus.

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